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Cérémonie de Sérignan (Extraits de l’allocution  du Général Irastorza)

… La Grande Guerre restera pour nous tous et pour la nuit des temps, l’épreuve absolue dont le pays sortira durablement meurtri avec des chiffres qui dépassent l’entendement et portent en germes l'effondrement de 1940 : sur 8 millions de mobilisés, 20 % de la population, 1 sur 3 seulement est rentré à la maison à peu près intact ! près de 1 400 000 tués soit plus de 900 tués par jour, pendant 1560 jours, 1 français sur 28, 36% des classes d'âge de 19 à 22 ans , plus de 4 000 000 de blessés, 700 000 veuves, un million d'orphelins, 1 500 000 enfants qui ne sont pas nés, 3 millions d'hectares de terres agricoles détruites, des centaines de villes et villages ravagés et  des centaines de milliers de foyers détruits au propre comme au figuré.

… Désormais gravée dans l’histoire des hommes pour avoir été la première guerre mondiale, la Guerre de 14-18 revêt d’abord pour nous, Français, une dimension nationale, locale et surtout familiale. C’est cette histoire locale qui nous rassemble aujourd’hui à Sérignan et nous rassemblera le 11 novembre prochain devant tous nos monuments aux morts. Sérignan c’était un peu plus de 3000 habitants avant guerre pour 7000 aujourd’hui. 126 noms sont gravés sur ce monument soit un peu plus de 8 hommes sur 100 (du dernier né au doyen du village…). 126 fois le maire a du se faire le porteur de la mauvaise nouvelle aux familles qui en redoutaient la visite.

Mais c’est également une autre histoire familiale qui nous rassemble aujourd’hui, celle des Troupes de Marines héritières des Troupes coloniales. A l’instar de leurs frères d’armes métropolitains, les régiments d’infanterie et d’artillerie coloniale ont ajouté de bien belles pages à leur histoire déjà très glorieuse, à l’égal des autres régiments venus de l’Empire, les Tirailleurs, les Spahis et toutes ces unités mixtes et de marche. Tous agrégèrent dans un même élan autour du même drapeau, 181 000 Africains, 49 000 Indochinois, 41 500 Malgaches, 2500 Somalis, 1000 Canaques et Polynésiens, 173 000 Algériens, 80 400 Tunisiens, 40 400 Marocains,  auxquels il faut ajouter les Français de l’Empire qui armaient l’essentiel des régiments de Zouaves et de Chasseurs d’Afrique.

70 000 ressortissants de l’Empire furent tués. Ils reposent dans nos nécropoles à côté de leurs frères d’armes et de leurs cadres métropolitains et tous méritent notre éternelle reconnaissance.

Les cérémonies comme celle qui nous réunit aujourd’hui dans une même émotion ne doivent pas être banalisées et doivent trouver un prolongement naturel, éventuellement sous d’autres formes, en direction de notre jeunesse qui sera tôt ou tard héritière de ce patrimoine mémoriel. Car commémorer c’est faire mémoire ensemble, c’est se souvenir ensemble, pour s’efforcer de comprendre comment on a pu en arriver à un tel cataclysme, comment on a pu supporter autant d’inhumanité cinquante deux mois durant avant de se réconcilier une autre guerre et un demi-siècle plus tard. Mais c’est aussi honorer tous ces hommes et ces femmes tombés dans la force de l’âge pour la Liberté et le Droit ou pour une cause qu’ils croyaient alors juste.

Mais commémorer c’est surtout tirer les leçons des mauvais jours pour éviter que le pays n’en connaisse d’autres. Tous les hommes dont les noms figurent sur ce monument nous reprocheraient de ne pas le faire, pire, ils nous reprocheraient de s’être sacrifiés pour rien. Ne l’oublions jamais. Ne les oublions jamais.

E.IRASTORZA